Mon Grand Méchant Loup tout fainéant

C’est sa grande sœur à Emma

Qui a dit : le Grand Méchant Loup

Oui, celui qui se cache sous le lit d’Emma

C’est un Grand Méchant Loup tout fou

Il est si fainéant qu’il ne mange que des enfants

Un enfant, ça se repère facilement – que c’est bruyant un enfant !

Un enfant, ça s’attrape facilement – que c’est lent un enfant !

Un enfant, ça se mâche facilement – que c’est tendre un enfant !

.

Le Grand Méchant Loup

Oui, celui qui se cache sous le lit d’Emma

Ne comprend pas pourquoi la grande sœur d’Emma

Lui reproche d’être un Grand Méchant Loup tout fainéant

Lui, le Grand Méchant Loup est si fier d’être tout fainéant

Lui, il est content de n’avoir jamais mangé d’agneau bavard

Lui, il est content de n’avoir jamais mangé de chèvre après une bagarre

Lui, il est content de n’avoir jamais mangé une mère-grand

.

Emma est gentille petite fille, elle croit tout ce qu’on lui dit

Cependant, là, au risque de se faire manger par le Grand Méchant Loup

Oui, celui qui se cache sous mon lit

Tendant sous son lit son cou

Emma regarde longtemps dans tous les coins – elle ne voit rien

Emma appelle longuement vers tous les coins – c’est en vain

Emma tend le bras très, très loin, vers tous les coins – sa main, ses doigts ne sentent rien…

.

Emma se recouche gentiment dans son lit

Cette nuit, le Grand Méchant Loup tout fainéant

Oui, celui qui se cache sous le lit d’Emma

Observe Emma qui dort silencieusement, qui rêve secrètement

Une ombre !

Le Grand Méchant Loup prend peur (ses mains tremblent fort)

Le Grand Méchant Loup a peur (son cœur bat très fort)

Oh ! le Grand Méchant Loup a eu peur de son ombre !

Le Grand Méchant Loup retourne se cacher sous le lit d’Emma

.

C’est sa grande sœur à Emma

Qui a dit : le Grand Méchant Loup

Oui, celui qui se cache sous le lit d’Emma

C’est un Grand Méchant Loup tout fou

Emma dit que c’est vrai qu’il est tout fainéant son Grand Méchant Loup

Et que c’est pour ça qu’elle l’aime bien

Et que c’est pour ça que c’est le sien

Et que c’est pour ça qu’il vaut mieux que tous les autres doudous

.

Publicités

Essence(s)

Je suis un tilleul

À l’ombre des jours

On dit sous mes feuilles

Moult contes d’amour

.

Je suis un bouleau

Dessous ou dehors

Qui fabrique l’eau

Qui me décolore ?

.

Je suis un roseau

Pied lesté de vase

Bras qui battent haut

Et voici Pégase !

.

Je suis un thuya

Haies façon butées

Limites il y a

Hait-on la beauté ?

.

Je suis une mousse

L’écorce, la roche

En tapis, je pousse

J’écorche et j’accroche

.

Je suis un palmier

Là-bas, roi des îles

Ici, bruns piliers

Du commun en ville

.

Je suis un sapin

D’un nid fait d’aiguilles

Hèlent sept poussins

Qui, laids, s’égosillent

.

Je suis un platane

Je ruine une rue

De fientes insanes

Lentes et verrues

.

Je suis un laurier

Par du sang vendu

Par du vent payé

Tant de vies perdues

.

Je suis un pêcher

Maudit le mal dit

L’arbre du péché

N’est pas moi, c’est dit

.

Je suis de l’ébène

Comme l’os si dur

Comme l’or en chaîne

La force perdure

.

Je suis un érable

Du suc, glu ambrée

Brille sur les tables

Délice sucré

.

Je suis un mûrier

Le ver qui se vêt

Est bête à voler

Chic dont on rêvait

.

Je suis un noyer

Sont veules les becs

Qui veulent voler

Mes fruits blonds et secs

.

Je suis un rosier

Émeut le poème

Feu vif au lever

Pâle le soir même

.

Je suis une vigne

Mille vis divines

Prodiguent l’insigne

Prodige : le Spleen

.

Anabelle

I


1 – En vacances (Tragédie)

 

« Ô, sel océanique ! Ô, Javel en latrine ! »

Anabelle jeûnait prise dans un lien.

L’interdisant de lait, un choix cornélien,

Tel le pire des fils, vivait dans sa narine.

 

« Insigne et mienne fille, humez-vous la bruine

Ou bien soupirez-vous pour un pressant besoin ?

De quelle odeur livide espérez-vous le soin ?

Êtes-vous, dites-nous, pour la brume ou l’urine ?

 

– Mère ! rien ne fut dit parmi votre quatrain.

Vous ne parlâtes point de mes larmes en train !

Un rets mit du chagrin dans mon âme enfantine !

 

Ô, crachin maritime ! Ô, pipi du matin !

Par cet alexandrin, triste, oyez mon destin !

La pitié vaut un soin, des pleurs une tartine ! »

 

 

2 – Malade (Mélodrame)

 

Anabelle s’en va, voici le temps qui nuit !

À chaque heure, son corps est de plus en plus fièvre.

Son être, fleuve noir, ardent, brûle sa lèvre.

Dans un souffle qui mord, l’enfant meurt cette nuit.

 

Anabelle s’endort, et sa vigueur s’enfuit…

Blanches, gisent les fleurs lorsque gèle leur sève,

Lorsque gèle leur cœur. Ainsi, la vie s’achève,

Se brise dans les nord. L’enfant meurt cette nuit.

 

L’aurore touche un lit, c’est le dé du chagrin,

C’est l’Amour qui se perd par l’envie du marin,

Le nocher des Enfers qui transporte les ombres.

 

L’aube frappe si fort que paraît l’abject sort !

Et je pleure et j’implore ! Et je maudits la Mort

Dont la faux fait des lys de barbares décombres !

 

 

3 – Une lectrice (I) (Légende)

 

Passent des visions dans les yeux grand ouverts

D’Anabelle qui songe à de gothiques choses.

C’est un méchant démon crochet de portes closes,

C’est un gentil démon clef d’or de l’univers.

 

Comme Anabelle songe, un livre est grand ouvert

Dont elle sait les mots de l’hermétique prose,

Ceux qui ne sont rien d’autre en leur apothéose

Qu’une légendaire ombre art d’un unique ver.

 

Lors, Anabelle montre avec un doigt si rose

Ses verres, et puis dit ceci : « Lorsqu’on les pose

Sur un bureau, faut-il les mettre à l’envers ? »

 

Lors, somnole ce monstre encor naïf qui pose

Cette autre question : « Quel est le sens de gnose ? ».

Surpris, je ne réponds, je maudis deux yeux verts…

 

 

4 – Une lectrice (II) (Information)

 

Anabelle relit pour la vingtième fois

L’histoire des Bijoux de la Castafiore.

Après un télégramme inattendu, sonore !

Paraît une diva, source de mille émois.

 

Anabelle relit, bouche bée, yeux pantois,

Une B.D. d’humour dont chaque case arbore

Un brio sans égal… Drolatique, elle adore !…

Une marche qui casse et tout va de guingois !

 

Anabelle ne lit, la sage enfant dévore !

Une émeraude luit… Le voleur ?… On l’ignore…

Pis, la conclusion d’enquêteurs maladroits !…

 

Anabelle ne lit ! l’enfant se remémore.

Un capitaine lit maints potins qu’il abhorre…

Niant une union, il regrette un sous-bois.

 

 

5 – Une leçon (Conte)

 

Anabelle agréerait toute inspiration

Qui guiderait sa main pour rédiger la lettre

Commandée pour demain par monsieur Mareuh, maître

Enseignant vacataire, agent d’exception.

 

C’est dans l’urgent besoin d’une apparition

Que cette enfant regarde, inquiète, sa fenêtre ;

Mais nul ange ne vient devant elle paraître

Ruinant son bel espoir d’une inspiration…

 

Un vœu demeure en vain dans sa naïve tête,

N’arrivent pas les mots de l’être qu’elle guette…

Se profile un zéro sur sa piètre leçon !

 

Mais, ouf ! voici la fin d’une mine défaite,

Cessent les pauvres maux dont mourait la fillette :

Paraît l’éclair ! un « O », don d’un rouge poisson !

 

 

6 – Un jeu (Récit d’horreur)

 

Anabelle hait, ma foi, le surnom d’Anabou.

Bout de chou de sept ans mignon comme une rose,

Elle entame d’un na ! une métamorphose

Dès l’instant qu’elle entend qu’on la nomme Anabou…

 

Anabelle est au ciel par un jeu, ce Noël,

Qui comble ses désirs, ou même, la console.

Elle cherche ou progresse. Elle tombe ou s’envole.

Heureuse, elle revit dans un lieu virtuel !

 

Mais, Na ! ses bonds se font du style casse-cou !

Pire ! elle s’interrompt – quel est ce brutal coup ?

Aurait-on prononcé Le mot criminel ?

 

Morte, l’enfant grimace oubliant son air doux !

Elle reste ici-bas tels ces êtres vaudous,

Ces morts-vivants damnés mus par un mal cruel !

 

7 – Une idole (I) (Photographie de mode)

 

Comme fond d’écran, pose, antique est la photo,

Une vedette au port du temps pantomimique,

D’un style uniment sport, strict et géométrique.

Serait-ce une garçonne ? Autre chose plutôt !

 

Yeux qui visent encor un énième poteau !

Pilote d’un bolide aérodynamique,

Épaulettes en cuir et cheveu cosmétique,

Art déco pour époque, une femme en auto !

 

Célèbre comédienne experte en mécanique,

Annabella subjugue une enfant nostalgique

D’un chic qui fut moderne avant d’être rétro.

 

Lorsque Anabelle adule une ère peu ludique,

Moi, plus vieux, je préfère une autre plus ludique :

Brooks, Baker et Chanel, et du renard le trot !

 

 

8 – Une idole (II) (Carte postale)

 

Anabelle n’entend que des dits déjà dits.

Temps : dans une minute, une heure, un an, image

De la mer : une écume, un murmure, une plage…

Vague vague, elle entend Vanessa Paradis.

 

Sable, eau : l’enfant s’étend, ses murs sont alourdis.

La marée force un fort, c’est le feu qui ravage !

L’architecte dort et le nageur ne nage.

Vent : faiseur d’une cendre aux passés assourdis.

 

Tant d’absences d’attente, une enfant perd son âge ;

Personnage entendant, distant sur un rivage,

Ses muscles et son sang, ses nerfs sont engourdis.

 

Écho : l’oreille entend, vente le coquillage.

La coque va d’ahan, son son vante un mirage ;

Instant d’antan : midi… pâle est le paradis.

 

 

II

 

9 – Manger (Discours politique)

 

Anabelle rechigne, éloigne d’elle en gestes

Vifs, son bol pour sa soupe et son pot de yaourt.

Elle tique. Elle boude. Elle dit être pour,

Pour ne plus se nourrir de vives indigestes !

 

 « Fi ! hormones pour veau et teintes immodestes !

Fi ! poisons des poissons tels que du métal lourd !

Fi ! la poule qui pond loin d’une basse-cour !

Fi ! abeilles aux maux, folies de champs funestes !

 

O.G.M., vache folle : obscurantismes sourds !

Ô ! s’épuisent les sols ! Coule impur chaque cours

D’eau pour cause de porcs, algue verte pour restes !

 

Ô ! que soit le bio ! je proteste à mon tour…

Ma lyre agreste veut le généreux labour !

Je veux de la saveur ! Vivent les manifestes ! »

 

 

10 – Un animal domestique (Discours scientifique)

 

Hèle, appelle Anabelle !… Elle appelle Cantal…

Pas de trace de rate ! Une enfant supplie, somme…

« Granny-smith et Coca, ce n’est pas économe,

Ce sont des mets très chers, du vraiment pas banal ! »

 

Enfin ! pointe un museau… et, plante un animal

Ses ongles et ses crocs dans un morceau de pomme !

Vade retro, griffu ! Dans le sang de chaque Homme,

Stryge trotte-menu ! vit ton front bestial !

 

Mais l’enfant, elle, observe, et l’enfant compte, somme…

« Cent, un, trente-trois, quatre… » et l’enfant, astronome

Aussi, réfléchit, cherche : « Est-ce un roc sidéral ? »

 

Eurêka ! l’enfant rit ! « C’est une gastronome ! »

Oui ! cette rate est sage ! Oui ! elle ne consomme

Qu’en suivant ses désirs, qu’en suivant son régal !

 

 

11 – Le Dimanche (Mistère)

 

L’enfant traîne des pieds sur un sentier d’hiver…

Anabelle conteste en cette matinée

Ce prétexte donné pour une randonnée,

Ciel ! qu’elle le déteste : elle aurait besoin d’air !

 

« La boue ? Ça fait boiter ! Ça souille tout imper !

Une allée forestière ? Une voie destinée

Aux gardes forestiers !… Mon enfance abîmée,

Je boude sous un chêne et rêve d’un éclair ! »

 

Anabelle s’entête. Elle est oxygénée

Pour elle bien assez ! « Forêt ! ne suis-je née

Que pour une clairière ersatz du laid désert ?… »

 

Anabelle s’assied totalement minée

Sur un tas de gravier… « J’exècre une journée

Dont le sable est amer !… Pour moi, seule la mer… »

 

12 – Le Mercredi (Commedia dell’arte)

 

Donc, Anabelle étrille en râlant ce matin !

Marmotte qui marmonne, elle frotte et ronchonne…

Elle brosse et bougonne… Elle peigne et rognonne…

Donc, Anabelle étrille en râlant ce matin !

 

Or, l’âne reste froid au laïus enfantin !

Ruer ! Et pourquoi donc ? C’est drôle d’être atone !

Hennir ! Et pourquoi donc ? C’est drôle d’être aphone !

Or, l’âne reste froid au laïus enfantin !

 

Donc, Anabelle étrille, Anabelle chantonne.

Donc, en battant des cils, Anabelle fredonne

Un air façon profond qui donne un air hautain,

 

Qui donne l’air hautaine à cette enfant grognonne,

Qui donne l’air hautaine à celle qui frictionne…

Or donc, là, que voit-on tout fumant ? Du crottin.

 


13 – En classe (Leçon de morale)

 

Anabelle répond d’un organe puissant

Et toujours la première ! et toujours incollable ! –

Il n’est pas de matière, il n’est de grains de sable

Qui grippent les poumons d’un être incandescent !

 

L’élève dit : « Que n’ai-je un cœur évanescent ?… »,

Dans sa geôle, de honte, où l’or n’est estimable,

Son instit se morfond tourmentée par le Diable.

Elle meurt en géhenne, ô ! bouillonne son sang !

 

Pense madame Arçon : Comme je suis coupable !

Par une question au but inavouable

De retour fut l’Index, mon cœur n’est innocent !

 

Preuve en cette leçon, ne suis-je plus capable

Que de vouloir – pardon ! – que s’en aille un cartable ?

Oh, ma vertu se perd ! Que vienne un remplaçant…

 

14 – En récréation (Fable)

 

Quatre fers se croisant, charpente d’une ombelle

Ô ! d’Artagnan combat pour la reine et le roi !

Contre du cardinal les sbires, il y croit ;

Il brette vaillamment pour les yeux de sa belle !

 

Quatre bois fendant l’air contre une ribambelle

De gamins formant cercle et pétrifiés d’effroi

(À moins que cela soit plutôt du désarroi !),

« Un pour tous, tous pour moi ! » s’époumone Anabelle !…

 

Ce mousquetaire garde un absolu sang-froid

Parmi cette jeunesse au bras si maladroit !

Mais hélas, son pied tape une vile poubelle…

 

L’épique gloire sème une fleur qui ne croît

Qu’entre adresse et faux pas – quel sillon bien étroit !

Anabelle s’exclame : « À d’Artagnan rebelle ! »

 

 

15 – Au musée (Carte au trésor)

 

Détaillons ce couvent, endroit silencieux.

Clos d’une colonnade, on aperçoit quatre aires :

Une médicinale, une pour les prières,

Et puis deux d’aliments ; on voit aussi les cieux !

 

Mais franchissons le cloître et le seuil spacieux :

Plusieurs marbres géants songes d’anciennes ères,

Anges faisant savants nos doigts et nos chimères.

Admirons ces beaux-arts, ces travaux gracieux !

 

Lors, Anabelle avance en plissant les paupières,

Voici du fer, du bois, des toiles et des pierres,

L’émotion d’avant, vraie, s’écoule en ses yeux.

 

« Gloire à ce réservoir gardien de nos mystères !

L’admirable est souvent conservé sous nos terres

Gloire pour nos enfants ! Et gloire à nos aïeux ! »

 

16 – Au concert (Œuvre d’art)

 

Dans une ex-halle aux grains, voilà des spectateurs ;

Bavards dans les gradins, pas un ne se concentre !

Noir est le piano – Lorsque la soliste entre,

Courent quelques bravos pincés d’admirateurs.

 

Soudain ! note après note, expie chaque auditeur.

Là, vibrent tout d’abord leur âme, cœur et ventre.

Puis, vole leur esprit par les tempi d’un chantre

Créateur romantique ; enfin, meurt l’Amateur !

 

Et la Beauté bénit une tempe qui tremble,

Tous sont à l’unisson, Méphistophélès semble

Conduire à l’irraison cent mille laudateurs !

 

Ô ! Tempête mystique, Ô ! voyez dans ce temple

Le sentiment céleste où tout dieu se contemple !…

Anabelle se plaît chez des adorateurs.